Les résidences passées

Andy Simon et Elise De Maio 

Résidence au Château de Thozée (mai–juin 2025)

"La résidence de trois semaines au Château de Thozée a permis la rencontre de deux pratiques artistiques, mises en dialogue au contact du lieu. Les photographies d'Andy Simon explorent l'architecture, la lumière et les textures du domaine. Elles révèlent la présence discrète du temps dans les murs, les espaces et le paysage environnant. En écho, les formes en relief réalisées par Élise De Maio traduisent ces impressions dans la matière du papier. Les volumes et les empreintes prolongent les lignes, les structures et les contrastes captés par l'objectif, inscrivant une continuité entre image photographique et geste plastique. L'ensemble de ce travail s'est nourri de l'étude des lettres de Félicien Rops, figure fondatrice du lieu. Ces textes, porteurs de mémoire et de résonances, ont constitué une matière complémentaire, faisant écho aux notions de trace et d'empreinte au cœur de la recherche. Cette résidence ouvre la perspective d'une édition commune où photographies, reliefs et fragments textuels s'articuleront, afin de restituer l'expérience de Thozée à travers un objet sensible et réfléchi."


Julie Calbert

Résidence au Château de Thozée (mai–juin 2025)

Dès mon arrivée au Château de Thozée, j'ai pris le temps d'observer et d'écouter : le vert dense du parc, le souffle du vent dans les arbres, les reflets mouvants de l'étang ont structuré un rythme lent et propice à la découverte. Les zones humides — vase, mousses, sédiments, dépôts végétaux — ont rapidement été intégrées à mon travail, comme matières premières issues du lieu.

Parallèlement à un travail en photographie argentique que je poursuivrai en laboratoire, j'ai expérimenté des procédés réalisables situ. J'ai commencé par photographier des végétaux, des fleurs et des fragments glanés autour de l'étang, afin de produire des négatifs numériques. À partir de ceux-ci, j'ai réalisé des tirages par contact et des cyanotypes sur tissu, un support que j'intègre ici pour la première fois à ma pratique. Ces impressions ont révélé les formes et textures végétales dans un rendu à la fois tactile et sensible. En complément, j'ai mené une série de photogrammes, imprimant directement sur papier argentique des lentilles d'eau et d'autres dépôts organiques récoltés dans l'étang et les eaux stagnantes du domaine.

Être en immersion pendant quinze jours m'a permis de répéter les gestes, d'ajuster les protocoles et d'expérimenter au gré des conditions météorologiques et des trouvailles du lieu. Cette régularité a nourri une approche patiente, presque méditative, où chaque image devenait l'empreinte d'un instant, d'un contact direct entre la matière et la surface sensible.

Cette résidence s'inscrit dans ma recherche actuelle, qui explore les liens entre mémoire, paysage et matière. Les séries qui en émergent — cyanotypes sur tissu et photogrammes — sont autant d'empreintes immédiates et sincères du Château de Thozée : des images profondément liées au lieu et à sa matière, tout en ouvrant de nouvelles pistes pour la suite.

Résidence de Jehanne Paternostre

MAI-JUIN 2024

Jehanne Paternostre a assuré sa résidence du jeudi 30 mai au mercredi 12 juin.  

Voici le projet qu'elle souhaitait développer à Thozée : 

« Travaillant la plupart du temps in situ, c'est par l'immersion et l'exploration d'un lieu, de son histoire et des traces qui en subsistent, que des ouvertures inattendues se créent dans mon travail, permettant à celui-ci d'avancer tout en continuant à se renouveler. Aborder un territoire inconnu est source de stimulation et d'éveil de la curiosité. La rencontre avec un lieu et ses habitants (humains et non-humains, passés et présents) me pousse à sortir de ma zone de confort, à remettre en question des idées préconçues. J'apprends à faire confiance à un lieu, à me laisser porter par ce qui se présentera.

Outre le fait que le château de Thozée m'attire pour son atmosphère sereine et bucolique, propice au retrait et à la recherche, je partage avec Rops un vif intérêt pour la botanique, en particulier les plantes sauvages. Or d'après les quelques sondages que j'ai effectués dans les archives en ligne, l'impression se dégage que Rops se soit également intéressé à ce type de plantes (dans son herbier, on trouve la cardamime, le tussilage, l'alchemille vulgaris...). Mon intérêt pour ces plantes ne demande qu'à s'accroître et à se développer, et j'aimerais me laisser guider par les plantes d'un lieu précis ainsi que le regard particulier et les choix de Rops pour élargir mes propres connaissances. Plus matériellement, c'est aussi marquer un temps d'arrêt pour expérimenter une nouvelle technique, les encres végétales, à laquelle j'aspire à m'essayer depuis un certain temps déjà. L'intérêt de Thozée est aussi de pouvoir accéder à des archives pouvant être directement mises en relation avec le terrain. Etant historienne de formation, la phase de consultation de documents constitue souvent un point de départ de mes recherches artistiques. Cette phase pourra être réalisée en amont de la résidence. Pour situer le projet de résidence de manière plus globale dans mes recherches actuelles, j'initie pour le moment un nouveau champ de recherche autour des relations de soin et d'attention réciproques, entre l'humain et le végétal, mais dans le contexte agricole. La résidence à Thozée est l'occasion d'opérer un déplacement et de décaler les recherches dans un contexte autre. Jehanne Paternostre, Mars 2024 »

À l'issue de sa résidence, Jehanne PATERNOSTRE a transmis le texte ci-dessous sur l'apport de cette résidence :

« Résider en tant qu'artiste au château de Thozée est une expérience que l'on n'est pas prêt d'oublier. Un moment suspendu, hors du temps. Le cadre exceptionnel, le calme, l'isolement, sont particulièrement propices au développement d'un travail artistique. La richesse du lieu tant au niveau historique que naturel (l'omniprésence du vivant et la diversité des espaces - le parc, l'étang, le bois, la prairie) sont également des sources d'inspiration importantes. Mon projet était tourné vers les plantes du lieu, que j'ai cherché à identifier puis récolter pour réaliser des pigments végétaux et ensuite travailler à partir de ceux-ci. Ce fut un séjour intense, extrêmement stimulant et porteur. J'ai pu prendre le temps de tester de nouvelles techniques, d'expérimenter, sans pression de résultat, mais aussi d'écrire, de consulter les archives Rops, de m'immerger dans le lieu avec tous les sens ».

Jehanne n'a pas souhaité une sortie de résidence immédiate, préférant approfondir son travail. Elle a d'ailleurs sollicité de revenir régulièrement pour des récoltes ou photographies, ce qui a été accepté par le Conseil d'Administration, qui reste en contact avec elle pour une présentation de son travail dans l'avenir.



Résidence de Silja Hubert

AOÛT 2024

Silja Hubert a assuré sa résidence du jeudi 8 août au mercredi 21 août 2024. Voici sa lettre de motivation : « À la lecture de l'appel à candidature, très vite, l'aspect d'une résidence solitaire, dans un lieu imprégné d'histoire m'a semblé être une belle manière d'entamer et de développer ma pratique artistique après le cadre scolaire. Ayant obtenu mon diplôme en master de dessin à La Cambre en juin 2022, j'ai ensuite intégré l'option gravure à l'académie royale des beaux-arts afin de pousser plus loin mes réflexions plastiques et de répondre à des besoins techniques du développement de mon travail. J'arrive aujourd'hui au bout de cette formation et cette résidence serait une manière pour moi de m'offrir un espace-temps différent de ceux connus auparavant. Un espace où seul mon esprit et l'esprit du lieu se rencontrent. Un espace de lâché prise. Un espace m'offrant la possibilité de développer un projet en écho avec ce dernier, un projet relatant une rencontre, un temps de solitude proche de l'ennui, mais qui serait aussi la porte qui s'ouvre vers la pratique professionnelle. (…) De plus, le domaine Félicien Rops est un lieu qui m'intrigue de par son histoire. Ayant durant mes années en restaurations d'œuvres d'art restauré deux gravures du Fonds Félicien Rops, effectuer cette résidence serait une nouvelle manière pour moi de venir à la rencontre physique de cet artiste belge dont le patrimoine artistique est si riche ».

Dans cette lettre, elle précise également le projet envisagé durant la résidence : « La formule de la résidence proposée m'évoque deux projets entrant en dialogue. Le premier prend une forme intime, un travail intérieur et méditatif. Je souhaite réaliser une pièce murale, telle une tapisserie, un objet reflétant le temps passé dans ce château. Cette pièce sera confectionnée de laines diverses et assemblées par la technique du crochet. Le crochet étant pour moi, aujourd'hui, une pratique me permettant de me vider la tête, de plonger dans une méditation intérieure, d'écouter les bruits environnants tout en occupant mes mains d'un geste répétitif. Le crochet me permet aussi, de manière nostalgique, de connecter avec mes origines islandaises. Lorsque je crochète, je me sens plus proche de mon chez-moi. C'est pour cette raison que cette pièce sera uniquement réalisée à partir de laine d'Islande. Cette laine si particulière, épaisse, drue et dont l'odeur si forte rappelle les paysages de ce pays. Le château est un lieu qui m'évoque aussi la tapisserie murale recouvrant les murs dans un but décoratif et d'isolation. Celle-ci sera commencée le jour un et terminée durant le dernier jour de résidence. Mon intention sera de créer un objet imprégné du temps qui passe, de la solitude et de la mémoire d'un lieu. Mon travail plastique comprend des recherches sonores. Tantôt performatives, tantôt des enregistrements ou encore des sons accompagnant mes travaux d'arts visuels. La seconde approche que je souhaite développer durant le temps de cette résidence est une rencontre sonore avec le château. Que me raconte le lieu ? Que me racontent les sons du « silence » d'une ancienne habitation aujourd'hui non-occupée ? Dans la solitude de ce lieu, je souhaite ponctuer mon travail de crochet, de moment de promenades et plonger au sein des espaces, tant intérieurs qu'extérieurs. D'y enregistrer leurs sons, afin de dresser un portrait fantôme et un inventaire sonore du domaine. L'ensemble des sons seront ensuite assemblés pour devenir une pièce sonore qui accompagne la pièce murale. »

Une sortie de résidence publique a été organisée à l'issue de la résidence, l'artiste souhaitant avoir des retours sur ses créations.

À l'issue de sa résidence, Silja HUBERT a transmis le texte ci-dessous sur l'apport de cette résidence :

« Je pose mes valises au château de Thozée le vendredi 9 août 2024, un jour de grand soleil. L'été belge me sourit et m'accueille dans cet endroit magique et hors du temps. Très vite, je m'y sens bien. L'endroit est calme et apaisant, il regorge de recoins chargés d'Histoire. Je me sens encore si étrangère à ce lieu dans lequel je m'apprête à plonger pour y passer deux semaines de travail. Deux semaines face à moi-même, face à ma pratique, face à mes gestes de création. C'est ainsi, dans un sentiment de quiétude et d'excitation, que commence ma résidence solitaire au château de Thozée. Mes journées se rythment et s'accordent avec le silence environnant. Je me réveille et je sors prendre mon café. Je commence par écrire dans mon carnet tout en posant mon appareil enregistreur devant moi. Je l'allume et j'enregistre les sons matinaux. Je tente de capter chaque bruissement de feuille, chaque souffle de vent, chaque chant d'oiseau, ou encore, le son de mon crayon écrivant sur le papier. Cela devient très vite un rituel méditatif. Au fil des jours, ces moments me semblent primordiaux pour pouvoir me réveiller en douceur dans cet espace que je découvre continuellement. Au-delà de ces enregistrements matinaux, je me promène beaucoup dans le château et ses alentours. Je suis à la recherche de sons particuliers. Je veux dresser un portrait sonore poétique de ces lieux. D'abord un peu perdue, les jours passant, je prends plaisir à découvrir chacune des pièces accessibles et, doucement, toutes me semblent familières. Les sons enregistrés prennent alors une autre direction et la construction de la pièce sonore finale prend forme dans mon esprit. Une forme sensible et poétique. En contrepoint au travail sonore, je réalise une tapisserie entièrement crochetée en laine. Je suis arrivée munie d'une série de pelotes islandaises, une laine que j'affectionne particulièrement pour sa finesse, sa solidité et son aspect plutôt rêche. Chaque jour, je crochète entre 10 et 20 rangées de 170 mailles. Un point unique, un geste répété, un motif aléatoire mais guidé par les couleurs et la lumière de mon environnement. Cette tapisserie représente mon temps passé au château : je la commence le premier jour et la terminerait le dernier jour de ma résidence. Je prends soin de photographier l'avancement de la tapisserie. Je la place toujours au même endroit, sur les marches de pierre bleue à l'entrée du château et je photographie le travail en cours. Au terme de ma résidence, je décide de la suspendre dans l'entrebâillement de la porte-fenêtre du jardin. Ainsi, la pièce est visible des deux côtés et permet une circulation complète autour de celle-ci. Cela offre des variations de couleurs selon le côté exposé. La lumière passant à travers les mailles, la tapisserie, visible depuis l'intérieur du château, ne révèle pas des couleurs aussi tranchantes et vives que la face visible côté jardin. La pièce est donc suspendue et accompagnée d'un premier travail de mixage sonore. Cette résidence fut pour moi une première expérience dans un cadre professionnel. J'y ai découvert un nouvel aspect de mon métier d'artiste. Une résidence paisible et riche en travail, où j'ai pu réaliser une pièce reflétant la patience et la force d'un geste. Le geste répété n'est pas lassant, il devient un rythme, une mélodie, un rituel. Chaque jour semblant pareil, ils ne l'étaient pas vraiment. Je pouvais observer, matin et soir le cheminement de mes pensées et de mes créations. Ce temps de travail m'a été plus que précieux, et je remercie encore chaleureusement toute l'équipe du Fonds Félicien Rops qui m'a permis d'arpenter ses murs et de m'imprégner de ces lieux riches en Histoire. Merci à vous pour cette merveilleuse opportunité. À très bientôt, Silja »

Résidences précédentes

2025

Julie Calbert
Andy SImon et Elise De Maio


2024

Jehanne PATERNOSTRE

Silja HUBERT

2023

Mao WU, du 24 juillet au 5 août

Lauriane BELIN, du 11 au 24 septembre

2022

Sylvie PICHRIST, du 6 au 19 août

Rémy HANS, du 29 août au 11 septembre

2021

Michiko Van de VELDE, du 8 au 21 août

Philippe HERBET, du 21 septembre au 4 octobre


2020

Emelyne DUVAL, du 18 au 31 juillet

Sofhie MAVROUDIS, du 17 au 30 septembre

2019

Olivier PESTIAUX, du 13 au 19 juillet et du 10 au 17 août

Charles-Henry SOMMELETTE, du 20 juillet au 2 août

2018

Caroline LEMAIRE, du 6 au 19 août

Anne-Sophie COSTENOBLE, du 21 septembre au 4 octobre

2017

Elodie ANTOINE et Alain SIMON, du 1 au 15 août

Céline CUVELIER, du 12 au 27 septembre

Une question sur la procédure de candidature, n'hésitez pas à nous laisser un message.