Les résidences

Résidences artistes 2026

Hélène DRENOU

Le projet d'Hélène : habiter l'habitat. Non pas la maison comme simple décor, mais comme prolongement du corps, de l'identité, des gestes du quotidien. Elle observe l'abri, l'objet, le meuble, les seuils — tout ce qui, silencieusement, façonne nos manières d'être ensemble et seules.

Nourrie par l'ouvrage « Architectures lesbiennes » de Milena Charbit, Hélène questionne comment, dans l'histoire, des femmes lesbiennes ont contourné, déplacé ou réinventé les cadres de la domesticité. L'habiter devient à la fois intime et politique : partager autrement l'espace, s'y raconter hors des schémas convenus.

Les résonances avec Thozée ? Les figures féminines du lieu, longtemps éclipsées par l'aura de Rops qui réapparaissent comme des lignes de force…

La pratique d'Hélène est pluridisciplinaire, elle mêle impressions, peintures, dessins, sculptures, installations.

Le jury a apprécié l'ambition théorique assumée, la finesse des liens entre architecture, identité et histoire du lieu et une méthode de travail qui laisse advenir un récit plutôt que de l'illustrer. La résidence lui offre le temps d'installer ce récit dans l'épaisseur des pièces de Thozée.

« J'ai eu l'opportunité de séjourner en résidence au château de Thozée durant une partie du mois de mai 2026. Ce temps de travail m'a permis de développer dans d'excellentes conditions un projet de recherche et de création que j'avais commencé à Bruxelles, tout en bénéficiant d'un cadre particulièrement propice à la concentration et à l'approfondissement de ma réflexion.  Durant la résidence, j'ai réalisé une série de dessins grand format (A2) à l'encre violette. Ces oeuvres prennent la forme de natures mortes composées d'objets de mon quotidien, utilitaires ou non, auxquels s'ajoute systématiquement un livre donnant son titre au dessin. Les ouvrages représentés sont issus de mes lectures féministes et lesbiennes récentes et occupent aujourd'hui une place importante dans ma recherche artistique. Les compositions se déploient souvent sur la surface de mon lit, espace à la fois domestique, intime et politique.

Le point de départ de cette série a été ma découverte du livre Architectures lesbiennes de Milena Charbit, dont les réflexions sur les manières d'habiter, de construire des espaces de vie alternatifs et de résister aux modèles dominants ont profondément nourri mon travail. À travers ces dessins, je rends hommage à des femmes lesbiennes — autrices, militantes, architectes ou penseuses — dont les écrits m'accompagnent actuellement. Les livres deviennent ainsi des présences, presque des portraits indirects, témoignant d'une transmission et d'une filiation choisie.
Cette recherche s'est également prolongée dans une série de pièces textiles réalisées sur place. À partir d'extraits de lectures, de slogans, de noms de collectifs militants ou de mots rencontrés au fil de mes recherches, j'ai travaillé sur des serviettes en réécrivant ces fragments à la javel. Ce procédé, qui fait apparaître le texte par effacement plutôt que par ajout, entre en résonance avec les histoires queer souvent invisibilisées mais persistantes à travers les traces qu'elles laissent.

La résidence a joué un rôle déterminant dans le développement de ce projet. Grâce à ce temps hors du quotidien, j'ai pu m'immerger pleinement dans mes lectures et dans le processus de création. Le travail s'est déroulé de manière particulièrement fluide et continue, sans les interruptions qui accompagnent habituellement le travail à domicile ou à l'atelier. Cette disponibilité mentale et temporelle m'a permis d'avancer de façon significative, tant dans la production des oeuvres que dans l'élaboration de la réflexion qui les sous-tend.
Au-delà des réalisations concrètes, cette résidence m'a offert un espace précieux de recherche, d'expérimentation et de recul, essentiel au développement de ma pratique artistique. Elle a contribué de manière directe à l'avancement de ce projet et confirme l'importance de dispositifs tels que les résidences de Thozée pour soutenir la création contemporaine.
» Hélène Drenou

Amélie BERRODIER

Le terrain d'action d'Amélie est le rapport entre les corps et les lieux symboliquement chargés. Amélie construit des dispositifs filmés en « tableaux fixes »: plans composés avec soin, où la durée travaille, où une figure solitaire entre, sort, hésite — et le lieu, silencieusement, répond.

Le projet à Thozée: une série de sept tableaux filmés avec un acteur qui traverse le château et le parc. Chaque scène est une tentative d'habiter: on y éprouve la mémoire des salons, l'écho d'un couloir, le poids d'un escalier…

Après Rops, sans le copier, Amélie ne cherche ni la reconstitution ni l'hommage. Elle travaille « dans l'écart »: créer aujourd'hui, dans une maison où Rops a vécu, c'est accepter la superposition des temps — mémoire, présence, transmission — et écouter ce que le lieu demande au corps.

Le jury a souligné l'ancrage symbolique précis à Thozée, une écriture d'images qui fait du lieu un partenaire et non un décor et une réflexion fine sur la façon d'« habiter », une histoire sans la figer.

« La possibilité de bénéficier d'une résidence au Château de Thozée, sous l'égide du Fonds Félicien Rops, a représenté un moment charnière dans mon parcours. Depuis plusieurs mois, je portais en moi le projet de réaliser un film qui interroge la condition de l'artiste contemporain face à l'héritage historique et à la précarité de sa propre pratique. Si l'écriture et le découpage de cette œuvre étaient déjà largement mûris, la confrontation réelle avec un espace de création concret me manquait pour passer à l'étape de la réalisation. En m'offrant le temps, l'espace et les conditions logistiques nécessaires, cette résidence a été le déclencheur indispensable à la fabrication physique de ce film. Intitulé Résidence secondaire, le film prend la forme d'un court-métrage de 6 minutes 30 structuréen une série de sept tableaux fixes, inspirés d'une esthétique picturale forte. Il met en scène une figure solitaire (un artiste invité jouant une version décalée de lui-même) traversant les espaces du château et de son parc. Le film expose le contraste entre la majesté de ce lieu chargé d'histoire et l'errance intérieure du créateur d'aujourd'hui, pris entre le doute, l'absurde quotidien et le syndrome de la page blanche. On y voit le personnage tenter d'habiter l'espace à travers des actions minimales : froisser des feuilles dans la bibliothèque, s'asseoir face à un piano, ou s'allonger de manière apathique dans l'herbe du parc.

Habiter temporairement l'ancienne demeure de Félicien Rops a permis d'ancrer mes intuitions de mise en scène dans le réel du site. L'architecture du château, la géométrie de ses pièces intérieures et l'épaisseur sauvage de son parc ne sont pas restées de simples décors abstraits, mais sont devenues de véritables partenaires de tournage. La résidence m'a offert la plasticité temporelle nécessaire pour composer mes cadres avec rigueur, mais aussi pour pousser la direction d'acteur vers une neutralité et un absurde discret que je conceptualisais depuis longtemps. C'est précisément l'immersion in situ qui a permis au film de déployer sa trajectoire formelle, passant de rituels quotidiens maîtrisés à un trouble beaucoup plus brut. La concrétisation de scènes clés s'est nourrie de l'atmosphère suspendue de Thozée. Ce séjour m'a donné les moyens de transformer un projet mental exigeant en une matière cinématographique et plastique achevée, pensée en résonance symbolique avec le lieu.

Au-delà de la fabrication des images, cette expérience m'a permis de m'inscrire dans une filiation artistique vivante et d'amorcer des dialogues précieux avec les équipes du Fonds Rops. Sur le plan de ma démarche globale, cette résidence marque un véritable tournant dans ma pratique. Alors que mes oeuvres précédentes s'ancraient davantage dans des dispositifs performatifs ou d'observation, ce projet m'a amenée à questionner beaucoup plus frontalement les outils de la mise en scène et de la fiction.
» Amélie Berrodier

Avec le soutien du Service des arts plastiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Dans le cadre de son programme d'ateliers-résidences, le Fonds Félicien Rops, en collaboration avec le Service des arts plastiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, offre à des artistes la possibilité de séjourner et de travailler au château de Thozée.

Les résidences sont réservées prioritairement aux artistes domicilié.e.s ou résidant en Wallonie ou dans la Région de Bruxelles-Capitale.

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Résidences précédentes

2025

Julie Calbert
Andy SImon et Elise De Maio


2024

Jehanne PATERNOSTRE

Silja HUBERT

2023

Mao WU, du 24 juillet au 5 août

Lauriane BELIN, du 11 au 24 septembre

2022

Sylvie PICHRIST, du 6 au 19 août

Rémy HANS, du 29 août au 11 septembre

2021

Michiko Van de VELDE, du 8 au 21 août

Philippe HERBET, du 21 septembre au 4 octobre


2020

Emelyne DUVAL, du 18 au 31 juillet

Sofhie MAVROUDIS, du 17 au 30 septembre

2019

Olivier PESTIAUX, du 13 au 19 juillet et du 10 au 17 août

Charles-Henry SOMMELETTE, du 20 juillet au 2 août

2018

Caroline LEMAIRE, du 6 au 19 août

Anne-Sophie COSTENOBLE, du 21 septembre au 4 octobre

2017

Elodie ANTOINE et Alain SIMON, du 1 au 15 août

Céline CUVELIER, du 12 au 27 septembre

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